La diaspora culturelle

Résidence de création de dramaturges africains-américains et américains à la Fondation Camargo


À propos du programme

La Fondation Camargo organise un nouveau programme de résidence international dédié aux dramaturges africains-américains et américains, La diaspora culturelle. Ce programme vise à rassembler des dramaturges en milieu de carrière ou déjà établis africains-américains et américains issus des deux courants de la diaspora africaniste, dans le but de partager leurs idées, stratégies et travaux sur comment survivre en tant qu'artistes noirs. Ceci sans la présence d'un filtre blanc/occidental, sans nécessité d'explications ou de représentation d'une communauté entière; uniquement dans une volonté d'explorer leur art, voix et africanité dans un environnement propice et en tout sécurité.

Cette résidence réunira à la Fondation Camargo, du 28 mai au 25 juin 2018, quatre participants des Etats-Unis et quatre autres du continent africain, autour d’un intérêt commun pour les points de rencontre et d’interaction entre les Etats-Unis et l’Afrique, qu’ils relèvent de l’histoire ou du monde contemporain.

Ce programme a été pensé par les dramaturges et interprètes Carlyle Brown et Chuck Mike, concepteurs de la résidence dans son déroulement, objectifs et répercussions.

Ce programme est rendu possible grâce au généreux soutien du National Endowment for the Arts, de la Jerome Foundation et de la Ford Foundation.

  • Le contexte +

    Par Chuck Mike

    De quelle manière est-ce que la société africaine a fait résonner son dynamisme culturel dans l’imaginaire transnational actuel ? Les dramaturges du continent africain et de la diaspora africaine sont dotés des outils nécessaires pour expliquer ce phénomène. Les méthodologies et les thématiques abordées par les dramaturges en Afrique et dans l’univers africain des Amériques dérivent de nombreuses sources et influences. L’Africain a à sa disposition une étendue de ressources, telles que les langues africaines, rituels, mythes et autres mœurs traditionnels et contemporains. Le colonialisme ainsi que les impératifs culturels, sociaux et politiques entraînés par le passage au monde moderne sont des thèmes récurrents.

    L’art du conte en Afrique est devenu tradition avec l’apparition des griots, qui – à travers la musique et la poésie – sont devenus les gardiens de la narration orale. Par extension, certains dramaturges africains-américains perçoivent les prêcheurs, poètes, humoristes, chanteurs de blues et auteurs dramaturges comme faisant partie intégrante de cette tradition oratoire. Ils examinent et consignent sous forme textuelle les diffamations, épreuves et conditions d’un peuple qui, auparavant esclavagisé, est devenu l’une des cultures les plus célébrées à travers le monde. Les esthétismes et préoccupations humanistes présentes dans leurs travaux sont symptomatiques d’un continuum africain dans le Nouveau Monde. Les similitudes parmi les auteurs dramaturges africains et africains-américains dans leurs pratiques et leurs histoires méritent une attention particulière, mais c’est de surcroît leur combat mutuel pour la reconnaissance de leurs créations – en tant que griots contemporains – dans un contexte qui leur est hostile, car souvent empreint de racisme, colonialisme et de politiques inadaptées, qui doit être valorisé.

    Les questionnements sur la survie de ces écrivains foisonnent. Comment les auteurs dramaturges sont-ils financés en Afrique, où les régimes corrompus se sentent menacés par leur plume et ne portent qu’un maigre, voire inexistant, intérêt aux arts ? Que peut-on entreprendre face à la disparité dans les subventions accordées à l’essor d’auteurs dramaturges noirs aux Etats-Unis comparé à celles attribuées à leurs homologues blancs ? Où ces auteurs peuvent-ils partager et présenter leurs travaux, et devant quels publics étant donné le peu d’espace qui leur est accordé des deux côtés de l’Atlantique ? Comment ces auteurs prennent-ils part aux débats sur l’identité et l’authenticité de la diaspora africaine ? De quelle manière les frontières internationales façonnent l’expérience africaine et comment se manifestent-elles dans l’écriture et la performance ? Si la notion d’Afrique venait à s’élargir, les spécificités des expériences et pratiques de ces écrivains dramaturges devront être examinées plus amplement.

    L’objectif de cette résidence est d’offrir la possibilité de partager et discuter les points de vue et approches en tant qu’artiste noir dans un lieu protégé, libre de toute projection ou jugement occidental, sans aucune autre explication ou obligation que celle de se représenter soi-même. Explorer son art, sa voix et son africanité dans un cadre pittoresque et inspirant avec des âmes sœurs serait une raison d’être fondamentale.

  • Le comité de sélection +

    Dans le processus de sélection des artistes, la Fondation Camargo a travaillé avec un échantillon de critiques à la renommée internationale provenant des Etats-Unis, d’Afrique et d’Europe : Alicia Adams (vice-présidente du Kennedy Center for the Performing Arts, Etats-Unis), Walter Chakela (Playwright, Afrique du Sud), Mamadou Diouf (professeur d’histoire et culture africaine et directeur de l’Institute for African Studies à l’Université Columbia, Etats-Unis) et Jan Goossens (directeur du Festival de Marseille, France).

  • Les objectifs de la résidence +

    Le programme a été pensé pour offrir aux participants le temps et l’espace de :

    • Chercher, expérimenter et créer : les candidats peuvent postuler sur la base d’un projet spécifique ou d’un terrain de réflexion prédéfini sur lequel ils voudraient se pencher pendant leur période de résidence. Ce terrain de réflexion doit être clairement délimité et être lié à la sphère de spécialisation du résident. La Fondation Camargo accepte aussi bien des pistes de travail libres que des travaux de recherche plus précis, ainsi que des projets conçus sur le long-terme.
    • Echanger et construire un réseau : pendant la résidence, des discussions sont régulièrement organisées pour encourager un échange entre les artistes. De plus, le personnel de la Fondation Camargo met à disposition son carnet d’adresse pour favoriser des collaborations créatives entre les artistes et les professionnels de la région de Marseille et de la Provence. Les artistes sélectionnés auront également l’opportunité d’assister à des représentations et performances organisées par d’autres organisations culturelles et artistes de la région.

Les résidents du programme

Bode Asiyanbi, auteur dramaturge, Nigéria
France-Luce Benson, auteure dramaturge, Etats-Unis
Kara Lee Corthron, auteure dramaturge, Etats-Unis
Kimberly Ellis, auteure dramaturge, Etats-Unis
Blessing Hungwe, auteur dramaturge, Zimbabwe
Zainabu Jallo, auteure dramaturge, Suisse
Genevieve Jessee, auteure dramaturge, Etats-Unis
Femi Osofisan, auteur dramaturge, Nigéria
 

Les 8 lauréats sont en résidence à la Fondation Camargo du 28 mai au 25 juin 2018.


Les commissaires du programme

Carlyle Brown, dramaturge et directeur artistique, Etats-Unis
Chuck Mike, dramaturge et directeur de théâtre, Etats-Unis