Les Calanques

Territoire de sciences, source d'inspiration

À propos du programme

Les changements actuels nous amènent à nous questionner de plus en plus souvent sur les relations Homme-Nature.

Le Parc national des Calanques, l’Institut Pythéas (Aix-Marseille Université, CNRS, IRD) et la Fondation Camargo ont souhaité s’associer pour inviter huit artistes internationaux pour une résidence d’un mois en janvier-février 2018.

En compagnie de chercheurs, d’agents et d’usagers du parc, les artistes sélectionnés sont invités à réinventer des liens à la nature pour les habitants d’une métropole dans le contexte exemplaire du Parc national des Calanques.

Ce programme a été conçu en partenariat avec Gilles Clément, ingénieur horticole, paysagiste, écrivain, jardinier et professeur à l’Ecole Nationale Supérieure du Paysage à Versailles (ENSP).

Deux observateurs extérieurs sont par ailleurs associés au projet :

  • Arlette Herat, enseignante à l’École d’Architecture de Marseille et chercheuse associée au Laboratoire Population Environnement Développement (LPED) de l’Institut Pythéas, spécialiste des problématiques ville/nature ;
  • David Moinard, directeur artistique d’Atelier Delta.

  • Le contexte +

    Par Gilles Clément

    Le mot nature a été créé au temps de la Grèce antique avec l’objectif de soustraire les êtres vivants non humains, ainsi que les éléments inertes, à un univers de superstition et de croyance polythéiste. Cette « mise à part » a engendré une science dite       « naturelle ». L’humanité s’est ainsi trouvée séparée d’un monde dans lequel elle baignait : abandon d’une situation fusionnelle qui liait de façon absolue mais non formulée l’Homme à la Nature. La distance, prise avec ce qui autrefois se trouvait intrinsèquement lié au corps et à l’esprit, prend de plus en plus d’importance avec l’accroissement de l’outillage scientifique. Un microscope est un intermédiaire, un filtre – voire un écran –, entre l’observateur et l’objet observé. Le lien Homme-Nature devient un concept et non une réalité, une vision du monde qui détache définitivement l’humanité du contexte qui l’a fait naître pour la placer en position « autre », c’est à dire en position supérieure. Dans un contexte fusionnel tel qu’il était autrefois ce lien n’avait aucune raison d’exister, il n’aurait eu aucun sens.

    Cette conscience de supériorité, après s’être épanouie dans les esprits du siècle des Lumières, se renforce avec l’exploit technologique de la société industrialisée en pleine expansion à l’issue de la seconde guerre mondiale. Elle s’exprime de façon matérielle et brutale avec succès. Le monde agricole, par exemple, passe de la paysannerie héroïque à l’industrialisation rentable du territoire en quelques décennies. Il est question de maîtriser la nature et non de se lier avec elle. Le lien Homme-Nature n’est plus qu’un vague sujet de discussion pour les intellectuels à cours de projets de thèse…

    Au début du XXème siècle l’avènement de l’écologie crée un choc-retard qui ne sera sérieusement analysé qu’une cinquantaine d’années après son énoncé par Haeckel. Il oblige à tout repenser. L’humanité n’est pas hors de la nature, elle en fait partie, elle évolue dans le même espace fini, elle n’est qu’un élément vivant de cette boule de vie : Gaïa (dira Lovelock un peu plus tard). Si l’on considère que l’Humanité et la nature ne font qu’un, le lien Homme-Nature n’a plus de raison d’exister car il n’y a plus de distance entre l’un et l’autre. Mais les humains ne peuvent se résoudre à endosser un tel statut, ils ont du mal à l’idée de faire partie d’un ensemble dont ils ont mis des siècles à se détacher.Les mécanismes de la nature n’ont pas d’état d’âme, le climat change, les sols meurent, la diversité s’effondre et les humains en pâtissent. Ils découvrent leur responsabilité, inventent l’Anthropocène et s’arrêtent en chemin car ils ne savent plus quoi faire. On en est là.

    Quelle est l’issue ? Quelle recherche lancer ? Faut-il abandonner toute idée de maîtrise et regarder ce qui nous entoure comme un ensemble qui nous habille, nous fait vivre, nous interpelle et parfois nous blesse ? Peut-on parler aux arbres comme on parle aux humains ? Quel serait le langage du futur si l’abandon de la maîtrise (de l’illusion de la maîtrise) nous amenait à entreprendre un dialogue et non une guerre avec ce qui nous entoure et que, bizarrement, nous appelons « environnement » ? (Mot mal choisi tant il est sûr que cela continue à nous maintenir à distance d’un monde dont nous voudrions pourtant nous rapprocher).

  • Le Parc et ses partenaires +

    Depuis déjà quelques années, les trois partenaires, le Parc national des Calanques, la Fondation Camargo et l’institut Pythéas, travaillent sur ces questionnements en associant artistes et chercheurs. Ils ont donc choisi maintenant d’allier leurs connaissances pour lancer ce programme de résidence.

    La Fondation Camargo est un lieu de résidence international pour artistes, penseurs et chercheurs. Située à Cassis, en bordure de mer et au milieu du Parc national des Calanques, la Fondation organise plusieurs programmes de résidence de recherche, d’expérimentation et de création.

    L’OSU Institut Pythéas, placé sous la tutelle du CNRS et de l’IRD, est une composante d’Aix Marseille Université couvrant les grandes thématiques scientifiques des sciences de la Terre, de l’Environnement et de l’Univers.

    Le Parc national des Calanques est le seul parc national d’Europe périurbain imbriqué dans une grande métropole. Il est confronté à de nombreux enjeux portant sur la protection de la biodiversité et des paysages qui le composent, tels que : l’évolution des milieux marins et terrestres, le tourisme, l’industrie passée et présente, les pressions urbaines à ses franges, les migrations et le brassage planétaire...

  • Les domaines de recherche +

    Parmi les nombreuses pistes pouvant faire l’objet de réflexions, de recherches et de projets, trois d’entre elles sont cependant spécifiques aux Calanques.

    La première est naturelle. Il s’agit de la dimension géologique du territoire du Parc dont l’évolution a conduit aux singuliers reliefs des calanques. La présence d’îles, de falaises, de grottes... permet, par exemple, qu’un quart des espèces végétales connues de l’Hexagone soient présentes ici sur quelques kilomètres carrés.

    La deuxième est culturelle. Il s’agit de la nature des usages possibles dans l’espace du Parc. Les habitants du territoire entretiennent depuis toujours des relations particulières avec le site, ces usages évoluant avec les sociétés. Essentiellement de subsistance par le passé, les usages sont maintenant fortement liés aux loisirs. La nature proche et appropriée d’un espace urbain se heurte à la nature d’exception protégée au sein du Parc national des Calanques. Les espèces protégées, mythifiées lorsqu’elles se consomment (mérou, grande cigale) et sinon ignorées (végétation à phryganes littorales, trottoirs à littophillum...), induisent désormais des règles qui ne sont pas celles des acteurs économiques et des pratiquants d’activités récréatives. De ce fait, ces acteurs traditionnels et ses habitants habitués à une certaine liberté d’usage de ces espaces se sentent exclus.

    La troisième est écologique et concerne le Parc comme un territoire de relégation et de « filtrage » des pollutions de la ville. En premier lieu, le milieu marin fait face aux rejets urbains et industriels, comme ceux des boues rouges, objet de controverses et de polémiques diverses. 

  • Les activités +

    Les artistes ont été sélectionnés pour répondre aux objectifs suivants :

    • Travailler et réinventer le lien Homme-Nature, en lien avec des chercheurs de l’Institut Pythéas, dans le contexte particulier du Parc national des Calanques.
    • Participer aux différentes activités de partage de connaissances et de savoir-faire qui auront lieu autour de la résidence :
      • Huit ateliers dans des écoles de l’enseignement primaire et/ou secondaire en proximité du Parc (Marseille, Cassis, La Ciotat), animés par chacun des artistes sélectionnés ;
      • Une master classe organisée pour des étudiants d’écoles d’art ou d’architecture ;
      • Une présentation publique à la fin de la résidence ;
      • Une exposition des ébauches, croquis et autres traces des réflexions des artistes, fruits de leurs rencontres, en mars/avril 2018 au Frac Provence-Alpes-Côte d’Azur ;
      • La publication d’un ouvrage retraçant leurs rencontres et présentant les éléments de réflexion qui en découlent.

Les résidents du programme

Katie Holten, Artiste, Irlande
Lisa Hirmer, Artiste, Canada
Franck Gérard, Photographe, France
Ryo Abe, Architecte, Japon
João Mode, Artiste, Brésil
Nicolas Floc'h, Artiste, France
Julien Clauss, Artiste Sonore, France
Shanta Rao, Artiste, France
 

Les 8 lauréats étaient en résidence à la Fondation Camargo du 10 janvier au 14 février, en partenariat avec le Parc national des Calanques et l'Institut Pythéas.


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Aperçu de l'exposition au FRAC PACA