Elsa Dorlin

Chercheuse en philosophie sociale et politique, France

Elsa Dorlin est professeure de philosophie sociale et politique à l'Université de Paris VIII Vincennes/Saint-Denis (France). Auparavant, elle était professeure associée d'histoire des sciences et d'histoire de la philosophie à l'Université de Paris I Panthéon-Sorbonne et, en 2009, elle a remporté la médaille de bronze du CNRS pour ses travaux sur la théorie et la philosophie féministes du genre. Elle a été professeure associée invitée au Critical Theory Program de l'Université de Californie, Berkeley (2010-2011), et récemment Abigail R. Cohen Fellow au Columbia Institute for Ideas and Imagination (2018-2019). Spécialiste de la philosophie de Michel Foucault et de la philosophie continentale, les recherches de Dorlin portent également sur le marxisme, l'épistémologie féministe noire et la phénoménologie fanonienne et décoloniale. Elle est l'auteure de plusieurs livres et articles, dont La Matrice de la race. Généalogie sexuelle et coloniale de la Nation française (Paris, La découverte, 2006). Son dernier livre, Self Defense : Une philosophie de la violence (Paris, Zones, 2017), lauréat du prix Frantz Fanon 2018 de l'Association philosophique des Caraïbes, est traduit en huit langues et paraîtra en anglais (Verso).

©Ian HANNING/REA, Fos-sur-Mer

Senses of the collapse. A phenomenology of toxic capitalism.

Penser les effets phénoménaux du capitalisme sur nos corps est au cœur de ce projet de généalogie politique des sens. A partir de la collapsologie et des réflexions philosophiques sur le déni, elle aimerait travailler sur l’historicité des expériences vécues de la toxicité du capitalisme et élaborer une phénoménologie, une étude de la perception sensorielle du monde qui s’effondre, tel que nous en faisons quotidiennement l’expérience. La question dès lors n’est pas « que savons-nous ? » (ou y a-t-il trop ou trop peu d’informations ?), mais que percevons-nous, que ressentons-nous et en quoi cette perception nous détermine à ne pas agir ? Ceci se double d’une géographie historique précise portant sur le Sud-Est de la France comme laboratoire. De Porquerolles à Fos-sur-mer, quelles populations ont été épargnées ou au contraire exposées des pollutions industrielles à la contamination capitaliste de la vie et de la mort ? Les archives sont emplies d’une histoire sociale et sensorielle des résistances à la toxicité extrême. Comment notre perception est et a été la cible d’un certain type de gouvernement et, pour certains d’entre nous, l’a rendue totalement inapte à sentir l’exposition au risque de mort ?